Gilbert Joseph, 'une Si Douce Occupation. Simone De Beauvoir Et Jean-paul Sartre 1940-1944'
by Gilbert Joseph /
2017 / French / PDF
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Comment continuer exercer la sartrologie dans un milieu spcialis de plus en plus domin par la sartroltrie ? Ingrid Galster ne doit mme plus de poser la question. Professeur l'universit de Paderborn, experte notamment de la rception des pices de Jean-Paul Sartre sous l'Occupation et de l'impact de l'oeuvre de Simone de Beauvoir, elle a t rcemment mise au ban par les gardiens du temple pour avoir os brcher la statue : elle assure mordicus, avec quelques autres, qu' la rentre 1941, Sartre a pris son poste de prof de philo au lyce Condorcet parce que son titulaire Henri Dreyfus-Le Foyer avait t exclu de l'enseignement en application des lois raciales. Ce qui n'est effectivement pas son honneur. A quoi les gardiens de la mmoire ne cessent de rpliquer qu'il avait succd en ralit Ferdinand Alqui, raisonnement sophiste s'il en fut puisque celui-ci n'tait qu'un remplaant non titularis en attendant que le titulaire prenne le poste. Plusieurs annes que les uns (Ingrid Galster, Jean Daniel, Michel Winock) et les autres (Claude Lanzmann, Michel Contat, Juliette Simont, Bertrand Poirot-Delpech, Annie Cohen-Solal) s'affrontent et s'envoient parfois des noms d'oiseaux autour de cette affaire. Ingrid Galster y revient dans la revue Commentaire (No114 t 2006) sous le titre univoque "Rponse une diffamation". Elle y reproche leur "mauvaise foi" aux gardiens du temple. A ses yeux, plutt que de persister dans une posture de combat, la recherche sartrienne serait mieux inspire de "comprendre la relation entre la vie et l'oeuvre quand Sartre thorise la mauvaise foi ( propos de L'Etre et le nant) au moment mme de la pratiquer, en refoulant le fait qu'il doit son loisir, pour crire son texte de philosophie et ses textes contre Vichy, l'exclusion anti-juive". Pour elle, il est clair qu'il bnficiait d'un "effet d'aubaine". Mais, non contente de leur mettre les points sur les "i", Ingrid Galster en profite pour embrayer sur une nouvelle polmique (la prochaine ?). Elle fait cho dans un P.S. un livre de Fabienne Federini Ecrire ou combattre. Des intellectuels prennent les armes 1942-1944 qui vient de paratre La Dcouverte. L'auteur a attir son attention sur la page 187 dans laquelle elle reproduit ce document trouv aux Archives Nationales :
"Je soussign Jean-Paul Sartre, professeur de philosophie, dclare sur l'honneur n'avoir jamais appartenu l'une des organisations dfinies l'article 1 de la loi du 13 aot 1940 portant interdiction des associations secrtes. Je prends l'engagement de ne jamais adhrer une telle organisation au cas o elle viendrait se reconstituer."
Dans le langage de l'poque, il s'agit bien videmment et exclusivement de la franc-maonnerie. Un document analyser la lumire des reproches adresss par Sartre Beauvoir aprs qu'elle eut sign, comme tant d'autres, un papier confirmant qu'elle n'tait ni juive ni franc-maonne. Sous l'Occupation, on ne pouvait monter de pice de thtre sans confirmer sans qualit d'"aryen". Choses que Sartre, dans les annes 70, assurait n'avoir jamais fait, se disant trop "ancien prisonnier de guerre" pour s'abaisser de tels compromis avec l'occupant. Il y a trente ans, il pouvait encore le dire son biographe John Gerassi sans tre dmenti. Depuis, la recherche sur le fonctionnement de la machine intellectuelle sous la botte a fait beaucoup de progrs. Les archives sont sorties et elles ont parl.











